m u l t i p l e s

L'EXPERIENCE (2010)


L'EXPERIENCE

 

L’Expérience

de Nicolas Droin

 

Avec Anne-Marie Marques

Texte de Rainer Maria Rilke

12 minutes

2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’Expérience » est un film né du désir de renouer avec « ma » voix, d’envoyer au dehors des images, après un silence de plusieurs années.

 

Le texte de Rilke a été déclencheur d’une envie d’associer des images et des mots, de rapprocher une expérience spirituelle à une certaine matérialité du monde. Toucher le monde, entendre le son de la terre et du vent, participer du chant du vivant, au risque d’y laisser une trace. « L’Expérience de la mort » avait donc ce double intérêt d’une discussion avec l’absence et d’une re mise en scène du monde, d’un recommencement qui rendait possible la réalisation de ce film.

 

J’ai débuté en 2006 un projet de film, « land a », pour tenter d’expérimenter plus avant dans une « voix » poétique en vidéo. Ce film questionne l’espace réel et le renvoie à un autre espace, mental, un entre monde où se rejouent nos gestes, suspendus au milieu du vide.

 

Le projet à été initié en compagnie d’une interprète et plasticienne, Jeanne Ben-Hammo, qui a accepté de participer au film. Il s’agissait de suivre le regard d’une peintre sur le paysage puis d’accompagner les gestes d’une artiste de land art dans l’espace naturel.

 

En 2007 j’ai demandé à la metteur en scène et interprète, Anne-Marie Marques, de rejoindre le projet « land a ». On dit « jouer » dans un film, ici il faut entendre toucher, cheminer, incarner puisque le film est sans dialogue. Je savais que ses gestes, ses déplacements, allaient permettre au film de trouver cette dimension physique et tactile. Il s’agissait d’avancer, en tâtonnant, à l’aveugle, puisque le film était réalisé sans scénario mais à partir de notes, de dessins, d’idées.

 

La première « marche » où j’ai filmé Anne-Marie était libre, j’avais juste repéré un lieu et je me suis contenté de la suivre. Ce premier mouvement, qui est celui que nous voyons dans le film en noir et blanc, était comme une marche à deux solitudes. Moi et ma caméra, Anne-Marie et son bâton, chacun a réalisé dans cette première rencontre un cheminement solitaire –nous n’échangions que peu de mots.

Ce cheminement a pu laisser place à l’unique rencontre véritable : celle avec la forêt et celle avec notre propre silence.

 

Aussi quand j’ai pensé à associer des images au poème de Rilke, l’idée m’est revenue de cette marche à deux voix, de cette rencontre de deux solitudes et j’ai souhaité associer ma voix aux images d’Anne-Marie. Une voix pas tout à fait mienne donc, la voix d’un autre, et aussi un corps autre, celui d’Anne-Marie, pour exprimer ce chant du dehors, ce multiple en soi, cette expérience de l’altérité.

 

Nicolas Droin

 

 



L'EXPERIENCE par multiplesdv

 

 

 

 


10/02/2011