m u l t i p l e s

LAND A - cabane

 

Cabane

 

 

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"Une oeuvre d'art, c'est bien beau, mais on ne peut pas dormir dedans"

 

Richard Greaves

 

 

 

 

La cabane (sa construction) est le motif final du cinquième mouvement de land a, Fils,

elle ouvre cet espace de dedans/dehors,

propre à l'introspection et au regard vers le Dehors

 

Vers l'enfance

 

Inspirée par la lecture du Walden d'Henri David Thoreau, et des cabanes de l'artiste Richard Greaves

 

 

 

 

 

 

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Quelques réflexions autour des cabanes

(initiées en 2010 lors de la Summerschool "Cinéma et art contemporain 3", à l'INHA)

 

 

 

La cabane est une construction.

Elle est un assemblage, un montage, d’hétéroclite, d’objets hétérogènes.

 

Elle procède généralement de ce qui « tombe sous la main », des matériaux qui sont à disposition : bois, matériaux de récupération, déchet, détritus, objets abandonnés, branches d’arbres, pierres…

 

La cabane est la première construction, la construction originelle. Elle révèle ainsi l’importance première des matériaux.

 

 

On a commencé à construire au moment où naissait le tissage, c'est-à-dire l’écran, la barrière composée de branches et de rameaux entrelacés

 

Semper Gottfried

 

 

Naissance de l’écran, du tissage et naissance de la cabane : c’est comme une naissance de l’image. La cloison sépare un intérieur d’un extérieur, c’est déjà une projection possible.

 

 

 

 

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Richard Greaves

 

Richard Greaves est un artiste bricoleur.

Il est une des origines de la cabane de land a, fabriquée par Anne-Marie.

 

Ses constructions sont obtenues à partir de matériaux récupérés, agencés autour d’une structure de fils, sans clou. Ces fils créent une structure première, une toile, on tisse donc avant de construire.

 

 

 

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Une toile d’araignée. Il y a là comme une action première : délimiter un territoire, tracer une ligne, tirer un fil. Dans les cabanes de Greaves, comme dans celles de nos enfances, le corps devient lui-même un enjeu de ces constructions a organiques, un corps sans organes en quelque sorte. Dans une tension entre l’effondrement possible des cabanes et leur réelle solidité, le corps se faufile, en équilibre.

 

Contre l’architecture où à côté, à la marge, les cabanes résistent, elles sont pour Greaves une résistance contre la mort dans le fait qu’il redonne vie à des objets oubliés, à des maisons détruites. Il s’agit d’une renaissance. Ces ruines sont, paradoxalement, les symboles d’une résistance contre l’oubli. Elles sont aussi la marque d’une relation renouvelée entre l’artiste et le paysage.

 

 

 

 

 

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En fait j’ai l’intention de repeindre le tableau de la cabane (…). Les deux cabanes à moitié effondrées sous le même toit de jonc ont évoqués pour moi quelques personnes âgées et usées, qui ne forment plus qu’un être et se soutiennent mutuellement.

 

 

Vincent Van Gogh

 

 

 

A la fois solides et en permanente évolution (sous l’effet du vent, de la pluie, des visiteurs) les cabanes de Greaves sont constitutive d’une œuvre qui affirme la construction comme un équilibre fragile dressé à la surface de la terre. L’assemblage de Greaves, récupérant tous les objets au rebus, nous demande d’inventer une « anarchitexture » tellement les textures multiples s’enchevêtrent dans ce tissage en équilibre. Tout y est processus de montage, de collage : les objets prennent une autre dimension : Greaves crée une esthétique du détournement, là aussi qui se rapproche du bricolage. Tout se transforme, glisse, se plie.

 

 

 

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Et, à la suite du corps, tout l’espace vient glisser sous la structure asymétrique de Greaves : l’espace se plie, se transforme sous nos yeux.

 

 

 

Intérieur / extérieur

 

Le retour à la cabane procède d’un retour à l’extérieur. Elle est une frontière fragile, précaire, instable, entre l’intérieur et l’extérieur.

La cabane est un lieu clos. Un abri, une cachette (le jeu des enfants). Le rapport à l’enfance qui la rapproche du nid. Nils Udo. Nids dont Van Gogh dit : « La cabane au toit de mousse me rappelait les nids de roitelets. »

 

 

 

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La cabane est ce lieu du recommencement, du retour aux origines.

 

Nid / cabane. Lieu de réflexion, d’isolement car en marge de la société. En marge, c'est-à-dire juste à la limite, à la frontière, mais pas totalement en dehors.

 

La cabane est également un lieu ouvert, à la terre, au ciel. Un lieu ouvert aux sons, aux lumières, aux sensations, à l’extérieur. Un lieu entre.

 

 

Entre-deux : un espace de l’entre-deux.

 

 

Entre l’intérieur et l’extérieur. L’introspection et le regard grand ouvert sur le dehors.

 

Le monde en soi, une réduction du monde, une coquille, une boite. Et en même temps le grand dehors, l’extériorité totale du monde, La vie dans les bois pour reprendre le sous-titre de l’ouvrage d’Henri David Thoreau.

 

 

 

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Cabane psychique

 

La cabane, motif, lieu de l’entre-deux est aussi un formidable outil. Le retour à la nature de Thoreau va être aussi l’utilisation de la cabane comme outil de perception, d’écoute, de ressenti. Ecouter le chant du monde.

 

 

La cabane est toute en extériorité : elle s’ouvre à la nature et celle-ci la pénètre de part en part. 

 

Gilles A Tiberghien

 

 

Lieu mythique, la cabane est une machine à penser et à rêver. Un lieu psychique.

 

 

En tant qu’objet architectural, la cabane « présente certaines propriétés à l’origine des mécanismes du rêve, la condensation et le déplacement en particulier, mais aussi la suspension de temporalité.

 

Gilles A. Tiberghien

 

 

 

Emboîtements.

 

 

Celui qui vit enfermé chez lui, vit dans une maison ronde, dans la hutte primitive. Que de logis emboîtés les uns dans les autres si nous réalisions, dans leur détails et dans leur hiérarchie, toute les images par lesquelles nous vivons nos rêveries d’intimité.

 

Gaston Bachelard

 

 

 

Le grenier sous terre ou la cave au milieu du ciel, le dehors étant simultanément le dedans, le haut et le bas, l’intérieur l’extérieur (…). De sorte que la plus petite boite est également la plus grande, l’espace le plus exigu le contenant le plus vaste.

 

Gilles A. Tiberghien

 

 

On pense aux Clouds Chambers de Chris Drury qui construit des cabanes de pierres, branches et terre séchée, dans lesquelles il perce un petit trou au sommet, reprenant le principe de la Caméra Obscura, et dans lesquelles, sur le sol blanc se forme l’image du ciel, du dehors qui entoure la cabane. La cabane, boite noire est ici chambre photographique. Une machine à entendre, à percevoir, à rêver.

 

 

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Hors temps

 

Henri-David Thoreau, de sa cabane, réinvente un monde, son rapport au monde : « Où je vivais était aussi loin que mainte région observée de nuit par les astronomes », « Lieux et temps se trouvaient changés », « Ma maison (…) partie retirée de l’univers.»

 

Où la cabane s’accompagne d’un nouveau rapport au temps : « Ce temps que nous perfectionnons en effet, ou qui est perfectible, n’est ni passé, ni présent, ni futur » Ce que reprendra Michel Tournier dans Vendredi, où les limbes du Pacifique (Log-book de Robinson) : « J’ai commencé à vivre ici comme hors du temps »

 

 

 

 

 

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27/04/2020